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Tant que la Terre tournera, des textes autobiographiques, des critiques approfondies de films regardés, de pièces de théâtre vues, de romans lus, des envolées de prose automatique osées prendront tranquillement leur place sur cet espace public de l'internet contemporain. Lisez, pensez, réagissez!

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De la merditude des banques -par Christian de Brie

Quelle que soit l'activité, à partir, disons, d'une poignée de millions de dollars de chiffre d'affaires, rien n'échappe aux banquiers. Pas même le denier du culte. Depuis la Renaissance, la banque est au coeur de la civilsation matérielle et de l'économie capitaliste. Elle en a été le promotteur et l'inspirateur, tissant ses réseaux à travers l'Europe, puis le monde, ingénieuse, créatrice, stratège, puissante, agissant au mieux de ses intérêts et de ses ambitions, pour le meilleur et pour le pire. Pendant des siècles, elle a financé les conquètes coloniales, la traite des Noirs, les guerres les plus fratricides et meurtrières. La drogue? Elle ne représente finalement qu'un marché parmi d'autres.

Depuis des lustres, la banque blanchit et recycle l'argent de la fraude fiscale; des transfets illicites de capitaux; des trafics d'armes, de denrées, de tabac, d'alcool et d'autres marchandises; des pots-de-vin et commissions occultes; des fausses factures; des fortunes pillées par les dictateurs et tyrans du monde entier... Or blanchir et recycler, c'est précisément ce que nous faisons tous en permanence donc où est au fiond le problème (heu...pardon non poursuivons), c'est précisément le problème des trafiquants: les milliards de devises, produit de la vente, arrivent en petites coupures qui ne tiennent ni dans des valises ni même sur des palettes. Il faut les déposer par petits paquets sur des comptes ouverts, les regrouper sur d'autres comptes au nom d'intermédiaires complaisants, avocats, comsultants, agents de change, oh cet article est tellement un exemple des limites de la "bien-pensance", c'est génial!!!, courtiers, entrepreneurs de services, les virer ensuite sur des établissements protégés par le secret, les laver par une circulation intensive de virements entre de multiples places à travers le monde, les rassembler enfin et les ventiler au nom de sociétés de façade, les "coquilles d'huîtres", qui investiront dans des activités légales ou accorderont des prêts sans retour à l'envoyeur -prêts "back to back" - dépositaire d'origine, pour financer ses opérations.

Tout cela, les banques savent le faire. Elles ont des réseaux mondiaux équipés à cette fin et jouissent d'un privilège exorbitant: le secret à l'égard des tiers, y compris l'Etat, en particulier dans les paradis qu'elles contrôlent, pudiquement appelés "fiscaux" mais qui seraient mieux dénommés paradis de la criminalité, version moderne des îles et ports où les pirates de l'ancien temps accumulaient les produits de leurs pillages. Pour les services rendus, rémunérés par une commission sur chaque transaction, il y a beaucoup d'argent à gagner. Bref, les deux partenaires ont besoin l'un de l'autre.

On connaît les arguments des banques, soucieuses de respectabilité. Tout d'abord: pas d'Etat ni de bureaucratie dans les affaires qui doivent demeurer sous la responsabilité des banquiers, seuls professionnels compétents et par ailleurs soumis au contrôle des gardiens publics. L'expérience a amplement démontré qu'en cas de difficultés c'est toujours l'argent public qui vient au secours des banques défaillantes, parfois après que les responsables se sont volatilisés, fortune faite.

De plus, le secteur bancaire est le moins surveillé de commerce international: en général, pas de licence exigée pour exporter des capitaux, aucune information à fournir sur les échanges internationaux, aucune barrière physique. Un bouton suffit pour envoyer (là le propos s'améliore à mon goût, on atteint le coeur du système) des milliards de dollars d'un coin à l'autre du monde et brouiller les pistes de façon qu'aucun enquêteur ne puisse s'y retrouver: quantité, rapidité, protection garanties. Peu de temps avant la faillite frauduleuse de la Penn Square Bank, en 1982, le plus célèbre des cabinets d'audit financier, Peat Marwick, avait assuré le public de l'excellence des comptes de l'établissement. Or personne ne contrôle les controleurs.

Deuxième argument invoqué par les banques: elles fuient les affaires criminelles, en particulier celles de la drogue. S'il leur arrive, rarement, d'être impliquées, c'est à leur insu ou en raison de l'indélicatesse d'un responsable qui sera sanctionné. Au reste, elles ne sont pas armées pour contrôler l'origine des dépôts, l'identité réelle des déposants qui se cachent derrière des comptes ou des sociétés de façade. Si grossier soit-il, l'argument, bien orchestré, porte.

En réalité, non seulement les banques ne fuient pas l'argent de la drogue, mais elles se livrent à une concurrence acharnée pour le capter.

C'est en constatant l'extraordinaire prolifération, à la fin des années 1980, de banques de toutes nationalités, à Palerme et à Catane, en Sicile, à Miami et Los Angeles que les enquêteurs italiens et américains ont acquis la conviction que ces places étaient devenues des plaques tournantes du trafic de l'héroïne de la cocaïne. A la même époque, dans les moindres villes des zones de coca, en Bolivie, au Pérou, en Colombie, on trouvait des succursales de banques américaines, britanniques, néerlandaises, allemandes, suisses, françaises. Pour quelles affaires et quel argent, sinon ceux de la drogue?

Quant à dire que les établissements bancaires ne sont pas équipés pour enquêter sur l'origine des dépôts et l'identité des déposants, c'est une plaisanterie pour quiconque connaît les minutieuses investigations personnelles, familiales et patrimoniales, les prudentes garanties qu'ils sont en mesure d'accumuler sur quiconque sollicite un prêt, même modeste. Partout à travers le monde, un nombre considérable de banques et de succursales acceptent tous les jours le dépôt ou le retrait en liquide de millions de dollars, les opérations sous un compte numéroté ou un prête-nom, derrière le double écran d'un avocat et d'une société fiduciaire dont elles ne veulent connaître ni l'origine ni la destination, pas plus que l'identité et l'activité réelle des clients, en vertu de normes qu'elles se sont elles-mêmes fixées. Règle d'or: fermer les yeux, pourvu que le délinquant porte un costume trois-pièces gris flanelle.

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