Tant que la Terre tournera, des textes autobiographiques, des critiques approfondies de films regardés, de pièces de théâtre vues, de romans lus, des envolées de prose automatique osées prendront tranquillement leur place sur cet espace public de l'internet contemporain. Lisez, pensez, réagissez!
A interdire aux plus de 15 ans -et aussi aux autres, pendant qu'on y est...
(attention: si vous n'avez pas encore vu le film et voulez vraiment VRAIMENT le voir, mieux vaux ne pas lire ce qui suit...)
Pipi, caca, doute Un paradoxe qui pourrait être gênant gît au coeur de ce long-métrage. Le personnage incarné non sans talent par Rowan Atkison est officiellement une figure parodique de l'agent secret James Bond crée par Ian Fleming dans les années 50; tout l'enjeu de Johnny English consiste donc en une déconstruction du mythe du parfait espion, ce à quoi ses concepteurs s'emploient ici, comme en 2003 pour le premier volet (davantage réussi), avec un certiain succès. Mais alors pourquoi l'agent English continue-t-il d'être considéré officiellement comme le "meilleur agent du MI 7"? De fait, et sans raison particulière, Johnny English passe systématiquement, à longueur de films, des prouesses spectaculaires (dans les dernières scènes de Reborn on le voit propulser une moto-neige dans un vide abyssal avant de s'accrocher impeccablement au ventre d'un téléphérique) aux bêtises les plus grossières (allusions évidentes au personnage tendrement puéril de Mister Bean, et motivation principale poussant les spectateurs dans les salles; mais Bean n'a jamais été recruté par les services secrets britanniques, et heureusement!!! -c'est pourtant le pari, trop risqué, qu'ont voulu prendre les producteurs du film). Dans une scène clé se déroulant dans les toilettes d'un restaurant chic, English se met à uriner inopinément en plein milieu d'une conversation des plus sérieuses (il s'agit de démasquer la Taupe tapie au sein du service de Sa Majesté).
Le personnage de Johnny English manque (encore) cruellement de ce réalisme forcené qu'on est en droit d'attendre d'un film étiqueté "parodie de film d'espionnage" : alors que Jean Dujardin avait réussi à donner de la consistance à son personnage d'OSS 117, Rowan Atkinson endosse ici des habits qui ne lui siéent pas, ou pas assez. Le personnage comique s'agite -parfois désespérement- à l'écran, mais non, désolé Rowan, ça ne colle pas! C'est dans le principe même du film que gît la source de son échec (critique); le talent de Sir Atkinson serait certainement mieux employé ailleurs, dans une parodie d'un héros moins connu, peut-être...
No Film for (old) Women
Les scénaristes sont tous deux des hommes, mais cela ne suffit pas à excuser le triste sort réservé aux personnages féminins. Pourtant, lors de sa première apparition, la séduisante nouvelle directrice du MI7 (Pegasus, incarnée par Gillian Anderson) avertit English qu'avec elle, le machisme est à laisser au vestiaire -en vain: deux secondes plus tard, Johnny entonne des répliques dignes de films pornographiques en caressant un chat, ignorant royalement le discours da sa supérieure hiérarchique. Pegasus restera presque totalement absente de l'écran pendant le reste du film, sauf à la toute fin où, grossièrement manipulée par le Méchant (Dominic West, qui devait vraiment s'ennuyer après The Wire pour choisir un tel rôle) , et s'apprêtant à assassiner le premier ministre chinois, elle est brusquement remplacée par Bean, pardon Bond, pardon English, comme si vraiment Il (le mâle) fallait qu'il vole tous les rôles et toues les scènes. Quant à l'autre membre féminin du MI7, c'est l'elfique Rosamund Pike qui l'incarne...et la voilà contrainte d'aligner trois phrases en tout et pour tout ("Je suis la psycholoque de/du service"; "Fermez les yeux et détendez vous, je vais vous aider à vous libérer de votre passé pour résoudre en une minute toute l'intrigue du film, mais ne vous inquiétez pas, c'est vous et vous seulement qui aurez recevrez tous les honneurs de la Reine à la fin du film, bien entendu" et "Je vous désire ardemment, vous êtes tellement stupide/humain que je ne peux vous resister une seconde, alors même que nous n'avons passé que deux minutes ensemble!!!"). Faire-valoir et rien d'autre de la Supériorité Masculine, Ms Pike (dont on ne saurait retenir le nom de son personnage, après tout elle est juste là pour faire un peu joli) doit pour finir se précipiter sur son Héros d'amour pour l'embrasser à pleine bouche et ainsi le faire revenir à la vie (REBORN! c'est bon on a casé le titre du film!)... après quoi, English, sans même dire merci, s'enfuie en courant tuer le Méchant -seul. De quoi faire regretter le "féminisme" si plaisant de Petits Meurtres à l'anglaise (avec Emily Blunt dans le rôle d'une vraie femme, eh oui!), si rare...
Les autres femmes sont plus âgées, et elles s'en prennent littéralement plein la figure. Ce film témoigne d'ailleurs d'une étrange (même si elle est d'époque) obsession des personnes âgées, perçues commes des êtres toujours gênants, voire mortellement dangereux: associée à la démonisation (également d'actualité, certes) de la Chine, la méfiance ressentie face aux octogénaires (et plus encore) produit une forte impression rétinienne et pousse le spectateur à ne retenir qu'une image, s'il en fallait une, qui viendra potentiellement hanter ses nuits: celle d'une vielle chinoise s'acharnant à vous tuer violemment, en gros plan et vous fixant droit dans les yeux d'un regard d'autant plus terrifiant qu'il est vide d'expression (c'est le curieux fil directeur du film).
On était venu pour se marrer (et on se marre à l'acmé, dans "une scène de la chaise" toute chaplinienne, puisque écho direct au Dictateur...), on ressort avec de la propagande sinophobe et "viellophobe" (le mot reste à inventer, non?) -dans la scène des toilettes évoquée plus haut, c'est un viel homme au bord de l'incontinence qui vient "gêner" les trois garçons en train de jouer aux espions avec leurs pistolets; en train de fuir une armée de policiers dans les rues londoniennes et un fauteuil roulant, English se retrouve coincé derrière une file d'autres handicapés (car trop vieux pour marcher) attendant un ascenseur; autre image marquante, celle d'Atkinson en train de fracasser la crâne de vielles dames respectables -la mère de sa patronne et la Reine- avec un plateau en argent (!), avant de se rendre compte de la terrible méprise: ah oui, pardon, c'est la tête de la vieille ET chinoise que je voulais exploser!
Le meilleur pour la fin...
Mais Johnny lui-même est grisonnant. Le film ne ce clôt pas sur un French Kiss mais dans le désarroi et la solitude. De ce fait, la scène de la poursuite en fauteuil roulant est significative: c'est son avenir qu'English anticipe quelque peu, et bientôt, il n'aura plus d'arme de poing à brandir pour doubler les autres habitants de la maison de retraite. Le "Mr Q.", ici, est un triste sire, paralysé, amputé de presque tous ses membres et obligé de finir des jours dans un fauteuil (que Johnny lui subtilisera, vous suivez?): car la réalité rattrape toujours les fantasmes. C'est là que Reborn atteint ses sommets: il n'est jamais meilleur que lorsqu'il ose déconstruire, patiemment et parfois cruellement, les clichés du genre. L'irrévérence sonne un peu fausse (?), mais elle est bien là: English rit au nez d'un sosie de David Cameron (comment un trentenaire au visage poupon pourrait-il être premier ministre du Royaume Uni?!), joue avec sa chaise parmi les huiles du gouvernement, plaque Sa Majesté au sol et lui tape sur le crâne (voir plus haut). Il vole une réplique à Dujardin-OSS 117 ("Ah, eh bien ça fera au moins quelqu'un qui pourra porter mes valises", en découvrant q'on lui a affublé un "nègre" comme coéquipier). Et prouve qu'on peut faire un excellent agent sans pour autant user de ses biceps et se lancer dans de grandes scènes de poursuite spectaculaires, puériles et totalement incroyables -"à la Bond", quoi-: la classique scène de la Grande Poursuite contient ainsi des "purs moments d'anthologie": quand celui qu'il poursuit se démène pour, tel Jason Bourne dans le dernier film de la trilogie, passer par dessus un grillage couvert de fils barbelés en s'enroulant un tee-shirt autour des mains, Johnny ouvre simplement la porte qui se trouve juste à côté et franchit l'obstacle sans effort; quand son adversaire de jette dans le vide pour s'accrocher à un échafaudage et descendre en descladant (?) le long d'un gratte-ciel de Hong-Kong...Johnny prend l'ascenseur et arrive en même temps que l'autre en bas, etc. Où comment la sagesse l'emporte sur la virilité.
Dommage que ces bons filons n'aient pas été davantage exploités.
Une prochaine fois? Si j'étais producteur, je ne prendrais pas le risque de retenter l'aventure...
Mais, après tout, moi aussi j'ai payé 8 euros pour regarder cette bouse!
Rendez-vous le mois prochain ! (ou pas)