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Tant que la Terre tournera, des textes autobiographiques, des critiques approfondies de films regardés, de pièces de théâtre vues, de romans lus, des envolées de prose automatique osées prendront tranquillement leur place sur cet espace public de l'internet contemporain. Lisez, pensez, réagissez!

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"Agir en Fonctionnaire de l'Etat de façon éthique et responsable"

Depuis l'An de Grâce 2011, les oraux des concours de recrutement des enseignants du secondaire (collège, lycée) accueillent une nouvelle épreuve: "AFFER"

Qu'avons-nous affaire d'AFFER ? En quoi cette "AFFER" saurait-elle déterminer de la qualité pédagogique d'un futur (ou d'une future, hé hé je suis pas sexiste) enseignant ?

Autant de questions, et plus encore, hantent quelque peu les esprits des préparants "would-be" certifiés et/ou agrégés (oui, je les prépare moi même dans la catégorie "anglais").

La plupart des réactions à l'incursion de ce nouvel élément dans les maquettes des concours de recrutement sont, comme d'habitude, inutiles, éhontées, cruellement défaillantes en intelligence, perspicacité et volonté de construction réelle (bref, peu de remarques constructives).

On entend les Français s'entêter à confirmer à qui supporte encore de les écouter (ce n'est pas mon cas) qu'ils sont râleurs, réticents à toute réforme, intolérants à l'égard de la nouveauté.

Le premier problème d'AFFER est donc sa nouveauté. En France, on accueille les idées aussi mal que les immigrants. Les penchants conservateurs des citoyens éclatent au grand jour dans des situations de ce genre.

Pourtant, le corps enseignant n'est-il pas réputé être "de gauche" ? Donc progressiste davantage que conservateur ?

Peut-être, mais on tiendrait donc là un élément d'explication quant à la résistance à cette nouvelle épreuve (délicatement nommé, comme pour mieux se faire accepter, ne pas se faire trop remarquer, s'installer discrètement, "sous-épreuve"): le corps enseignant est fier de son exceptionalité; les professeurs professent à longueur de journée; leur métier, plus encore dans le secondaire, consiste à apprendre aux enfants la politesse, les bonnes manières, le respect voir la fraternité. Alors, qu'on vienne leur parler d'éthique, qu'on vienne sous-entendre, même claironner, qu'ils en manqueraient, et qu'il faudrait bien qu'ils l'apprennent avant d'envisager enseigner...non mais quel toupet! 

POUR QUI ILS NOUS PRENNENT ???

Voilà le coeur de l'opposition (instinctive et/ou réfléchie) à "AFFER".

On entend partout et tout le temps que le métier d'enseignant est "en crise", avec l'école qui les abrite; on parle d'une "crise des vocations": le métier d'enseignant aurait avec celui de prêtre (et de Président de la République ?) le point commun d'être choisi "par vocation". Or, si c'est encore bien le cas pour la poignée de jeunes adultes qui se "destinent" à l'enseignement, une telle vocation n'implique-t-elle pas nécessairement des convictions ethiques, une conception très responsable du métier de professeur ?

Eh bien non.

Le gouvernement (plus précisément les ministères de l'Education Nationale Chatel puis Peillon --admirez la continuité; l'épreuve n'a pas été remise en question par le nouveau gouvernement...) a pris le pouls de la société qu'il gouverne. Il y a constaté l'accentuation de la primauté de l'intérêt personnel (monétaire), de la déperdition extrême du sens du devoir, la complète inexistence de la valeur du sacrifice pour le bien commun.

Ils ont donc décidé  de rappeler aux jeunes adultes (et aux moins jeunes) qui préparent les concours de l'enseignement (en particulier dans le public) qu'on ne devient pas enseignant pour la sécurité de l'emploi, pour avoir un revenu stable et plutôt correct "vu la situation par les temps qui courent oh la la c'est la criiiise!!", pour se planquer dans un coin à répéter les mêmes banalités aux mêmes "petits cons de gamins" mais de préférence pas à Créteil ni à Vénissieux s'il vous plaît les Arabes ils sont trop méchants!!!

Pas seulement pour cela.

Le métier d'enseignant s'accompagne également (avant tout ?) de valeurs : fraternité, égalité (peut-être), liberté (faut voir); les "valeurs de la République" --dans une société capitaliste consumériste oligarchique de plus en plus parfaitement huilée.

Rappeler qu'enseigner c'est "Agir en fonctionnaire de l'état de façon éthique et responsable", c'est affirmer que les écoles de la République Française sont des havres républicains où certains péquenots plus ou moins visiblement toqués croient (et crient) encore aux mineurs incarcérés sous leur supervision: ils doivent faire semblant d'être des citoyens vertueux, ils doivent se respecter (et non seulement se tolérer), s'écouter (et pas seulement s'entendre), se soumettre aux personnes qu'on leur désigne comme étant leurs chefs (c'est-à-dire les professeurs).

La crise traversée par l'école et l'apparition d'"AFFER" marchent main dans la main; elles font partie intégrante d'un même mouvement, d'une même atmosphère elle-même incluse dans l'état général de la société (voire du monde occidental-libéral): d'un côté la majorité des individus vivant dans les sociétés post-industrielles, "développées" matériellement donc corrompues moralement (cf. Adam Ferguson, ou encore Bernard de Mandeville) méprisent de plus en plus totalement les valeurs républicaines évoquées ci-dessus (se contentant de les apprécier en utilisant l'adjectif "mignon" ou "chou", à comprendre comme "on en a rien à foutre, on est pas/plus des gamins de 6 ans!"); de l'autre côté, une poignée d'irréductibles Gaulois s'acharnent à promouvoir ces mêmes valeurs en voie d'extinction à l'intérieur des "établissements scolaires" où ils sont employés.

La sous-épreuve "Agir en fonctionnaire etc." est à la fois le signe du stade de corruption (morale) avancé de nos sociétés et l'expression (fragile, discrète, feutrée, à peine audible en fait) d'une résistance à cet état social.

Qu'ils se plaignent de devoir couvrir d'encre 5 feuilles "Bristol" supplémentaires, qu'ils râlent un bon coup entre le fromage et la fin du verre de vin rouge juste pour se sentir "Français", ou qu'ils refusent, plus intelligemment, d'admettre ce triste constat (celui de la pourriture de leur âme et/ou de la société où ils vivent), les étudiants vont bien devoir passer cette "sous-épreuve" aux oraux des concours 2013.

Alors, autant la prendre au sérieux. Ils pourraient en sortir grandis -- à leur propre, et agréable, surprise.   


 

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