Tant que la Terre tournera, des textes autobiographiques, des critiques approfondies de films regardés, de pièces de théâtre vues, de romans lus, des envolées de prose automatique osées prendront tranquillement leur place sur cet espace public de l'internet contemporain. Lisez, pensez, réagissez!
Ce sont des gémissements orgasmiques féminins qui ouvrent cette parfaite représentation de la société urbaine occidentale contemporaine à travers un regard pleinement artistique -oui, parfaite.
Le personnage principal de l'histoire est un héros, un vrai (incarné par Jonah Hill avec le talent propre aux acteurs américains): on peut juger beaucoup trop idéaliste la façon dont les scénaristes le font se comporter, le faisant s'extirper avec brio de situations inextricables, adressant la bonne réplique au bon interlocuteur avec tous les mots qu'il faut exactement au bon moment, gagnant le respect sincère et inébranlable de tous les inconnus rencontrés au cours de la nuit de folie passée avec trois enfants dans les rues de New York City.
C'est en cela que le film est une pure production d'artiste(s), puisque le héros, depuis son poste statique d'observateur seulement faussement passif et naïf, lance ses diatribes longuement mûries à tous les éléments d'une société qui peine à l'accepter dans la vraie vie -l'art comme manifestation d'idéaux, comme gros mensonge balancé à la face d'un réel anxiogène, incompréhensible et (donc) invivable sauf l'expression artistique érigé en nécessaire de survie.
Quel monde se trouve représentée sur la pellicule ?
Un monde profondément nihiliste, d'où Dieu est (enfin!) complètement absent, même des dialogues.
Un monde où les femmes reignent de plus en plus explicitement, en particulier dans la sphère de la prise et du don de plaisir sexuel -la scène d'ouverture est à cet égard particulièrement éloquente, qui montre une blonde platine jouissant grâce à un cunnilingus executé par un homme considéré comme simple objet à utiliser, manipuler, puis, très certainement, après l'avoir à peine remercié pour ses services, jeter.
L'intrigue se noue d'ailleurs non pas tant autour de la garde des trois pré-adolescents, mais plutôt autour de la relation entre le héros masculin et cette jeune femme blonde complètement paumée existentiellement (un personnage intéressant, qui aurait peut-être mérité d'être examiné davantage): après le cunni, elle demande à notre héros d'aller acheter de la drogue chez son dealer en lui faisant miroiter une récompense coïtale -comment résister au chant des sirènes ?
L'épopée post-moderne au coeur d'une des villes les plus représentatives de la culture nord-américaine (New York) est ainsi lancée, sur un fond musical soigneusement conçu, et voilà quatre êtres esseulés traversant toutes les classes sociales, de la moyenne à la haute puis la basse en passant par la case police: on peut n'y voir qu'une suite désordonnée de clichés tous plus affligeants de bêtise les uns que les autres -je n'ai pas vu le film comme cela du tout.
Comme très (trop ?) souvent dans les oeuvres d'art modernes, les bourgeois sont les moins passionants à regarder -le héros en est issue, de la bourgeoisie, mais lorsqu'il s'apprête à demander de l'aide à sa mère (il doit payer une énorme quantité d'argent à un dealer enragé, sous peine, of course, de mort) et se rend pour ce faire à la réception pompeuse où elle était invitée (d'où le baby-sitting improvisé), il change soudain d'avis, préférant aller voir son père, qui a refait sa vie et a un nouveau fils effaçant le premier qui se voit mis à la porte d'une façon odieuse.
Au lieu d'espérer pouvoir compter sur sa caste d'origine (toute pourrie, sclérosée par les tabous, les bonnes manières, les ambitieux et autres vains espoirs de réussite professionnelle et sentimentale, bref, bourgeoise) pour le sortir du caca où il s'est plongé profond, le héros post-moderne va devoir se faire des amis extrêmement solides parmi les parias, les "criminels" (car, donc) pauvres de l'Amérique: ses Noirs.
Ce sont eux, qui n'ont qu'une parole, mais qui, une fois qu'ils vous la donnent, ne la reprennent jamais, qu'il parvient à séduire en s'introduisant dans leur antre, par un coup de maître formidable: une illustration frappante, et c'est le cas de le dire, de la loi du talion tendance christique, qui se déroule à l'acmé de l'oeuvre, et rend son héros définitivement invincible jusqu'au générique final.
Ayant dit tout le bien ou le mal qu'il pensait, méthodiquement et avec brio, à l'ensemble de la société de son temps; ayant résolu tous les conflits (ou presque, il ne faut tout de même pas abuser, puisque je vous dis que c'est vraiment un très bon film!) auxquels il se retrouve confronté en quelques phrases magiques - "Tu sais c'est pas en te maquillant plus que tu auras plus d'amis"; "Tu es gay? Et alors? Assume! Au moins tu t'habilleras avec goût et tu sentiras bon!"; "Tu aimes poser des bombes dans les toilettes et uriner par terre? Tu fais ça parce que tu crois que parce que tu es étranger tout le monde te déteste et personne ne te comprend? Mais tu n'as même pas essayé de communiquer avec ta famille d'accueil depuis ton arrivée! Ils n'attendent que ça, que tu les laisses t'aimer tel que tu es!"; "Tu crois que tu peux m'utiliser juste pour satisfaire tous tes petits désirs de merde sans rien me donner en échange? Allez, je te ramène chez toi parce que je suis gentil, mais je pense qu'il vaux mieux qu'on mette un terme à notre relation qui ne va nulle part de bien pour tous les deux." - ayant en somme réglé tous ses comptes de façon définitive, l'artiste-super-héros s'octroie une plaisante petite "régression époque classique" en guise de récompense: il sort avec une magnifique métisse, partant se promener main dans la main avec elle, au clair de lune, et à pieds s'il vous plaît.
Oui, parce que j'oubliais, mais dans le monde post-moderne, conduire une voiture, c'est vraiment trop ringard et prétentieux; tout le monde en selle, vivent les vélocycles!
Et oui, les garçons, c'est comme ça qu'on a la classe dans le monde d'aujourd'hui.
Un petit conseil quand même: n'allez pas trop croire que tout cela puisse se passer dans la vraie vie.
Ou alors préparez-vous à vous prendre un deux poings dans la gueule.
Mais je m'arrête, je (re)commence à sonner bourgeois...