Tant que la Terre tournera, des textes autobiographiques, des critiques approfondies de films regardés, de pièces de théâtre vues, de romans lus, des envolées de prose automatique osées prendront tranquillement leur place sur cet espace public de l'internet contemporain. Lisez, pensez, réagissez!
M'y voici donc, en cette Milton Keynes si universellement détestée par les expatriés français.
Le départ et le voyage qui s'ensuivit furent aisément vécus; mon organisme était prêt depuis plusieurs mois déjà à quitter le domicile parental pour traverser la France en direction du Nord puis la Manche pour finalement parvenir à Milton Keynes, "ville nouvelle".
Après tout il est temps me semble-t-il d'accepter une certaine insensibilité propre à l'âge adulte: je ne suis plus cet être souffrant de se sentir trop différent au monde qui l'entoure, cette sensation prenant le plus souvent des allures de paranoïa et de quasi malaises vagaux. Je prends le train sans m'imaginer qu'il peut exploser à tout instant, regarder une atre personne dans les yeux sans craindre qu'elle ne me saute dessus pour m'égorger. Je me suis libéré de l'emprise d'Hollywood, en somme.
L'Angleterre, j'y étais déjà allé, je l'ai étudiée; la connais-je pour autant? Certainement pas d'une façon aussi profonde qu'il m'en est désormais donné la possibilité enthousiasmante.
C'est à Lille que je repris contact avec la véritable Albion, par l'entremise d'un jeune futur agent immobilier ou courtier en assurances (voire trader...mais ce métier immonde aura disparu dans dix ans n'est-ce pas?) qui racontait en hurlant quasiment ses derniers déboires en date et en anglais s'il vous plaît, venant ragaillardir l'ouïe des personnes plus ou moins confortablement installées dans la salle d'attente de la gare de Lille Europe -cette gare, cette salle d'attente à proximité de laquelle je reverrais deux de mes plus chères connaissances moins d'un mois plus tard, ce que j'ignorais encore alors.
Arte la formidable m'offrit ensuite, dans la salle d'attente suivante, celle réservée aux passagers de l'Eurostar "à destination de" la gare deLondres Saint Pancras, quelques prises de vue de la ville de Londres grâce à un épisode d'une série télévisée de production franco-israelienne interprétée par des acteurs néerlandais parlant le bavarrois à l'écran -une histoire d'enquête d'un agent de Scotland Yard sur une série de meurtres perpétrés au clair de lune et avec un harpon d'importation vietnamienne. Ou quelque chose d'approchant.
J'approchai quelques dizaines de minute plus tard des rives anglaises, invisibles bien sûr puisque, oui, contre toute attente, voyager à bord de l'Eurostar, véritable symbole d'une réconciliation franco-anglaise plusieurs siècles seulement après l'extradition chèrement monneyée de Mlle D'Arc, réconciliation à laquelle du reste personne ne croit réellement, est légèrement différent du voyage effectué par le héros de Vingt Mille Lieux Sous les Mers à bord du Nautilus, et également, aussi incroyable que cela puisse paraître, sans frappante ni discernable ressemblance avec une visite sous-marine guidée par le Commandant Cousteau -paix à son âme. Non, la seule chose qu'on peut voir en regardant par la fenêtre du train pendant son passage "sous la Manche", à la grande déception des passionnés d'ichtyologie et des plus hypothétiques encore purs altruistes, c'est un -génréralement plutôt- navrant reflet de soi-même.
La gare de London Saint Pancras ( certainement le saint pour qui brûler un cierge en cas de cancer du pancréas -recours ultime probablement ignoré par Steve Jobs, décédé peu après mon arrivée sur le sol anglais pour n'avoir pas su trouver la chapelle qui lui est dédiée, si elle existe) n'a pas encore été démolie par des terroristes syriens nés à Canterbury et entraînés à côté de Marne-la-vallée. Elle respire toujours autant le fric, le désinfectant préféré des individus d'affaires anglophiles voire anglais qui adorent se pavaner dans ses allées, costume fraîchement repassé au corps et I Phone 284.1 à l'oreille. Des ascenseurs ont même été installés pour descendre d'un mètre les malheureux contraints de se trimbaler un handicap lourd tel qu'une valise, une poussette avec un enfant dedans ou une paralysie des membres inférieurs -énumérés par ordre de gravité décroissant, bien entendu. Les autres, sportifs ou non, ont la chance de pouvoir prendre le risque de finir par bénéficier d'un handicap lourd en partageant les escaliers avec une centaine de congénères amateurs de joyeuse bousculade.
La voix féminine du cyborg crachant toutes les deux minutes dix aux oreilles des usagers du London Tube son "Mind The Gap Between The Train and The Platform" n'a elle toujours pas été remplacée par celle de Kiefer Sutherland sussurant "I know you are running out of time, but take your responsabilities and be courteous anyway". Dommage.
Les deux frustrations principales qui surgissent durant le trajet du piéton allant de Saint Pancras à Euston pour prendre sa correspondance avec le réseau ferroviaire national ne me nargueront donc pas cette fois: mon court voyage en métro m'empêche d'aggresser le vigile surveillant l'entrée du magnifique hôtel cinq étoiles King's Cross surplombant la gare, et de lancer un coktail Molotov (produit en Ukraine) contre les murs de la British Library où je n'ai pas le temps de rester pour lire tous les livres et contempler tous les manuscrits exposés au rez-de-chaussée. Dieu soit en location de m'avoir épargné un tel supplice!
La précipitation et l'agorapobie font parti des tares parmi les plus susceptibles de grever votre porte-monnaie.
J'en ai fait l'expérience en me retrouvant à patienter trente minutes dans un train en partance pour Milton Keynes, minutes que j'aurais pu passer à faire la queue à l'anglaise (c'est-à-dire en file indienne -l'Inde de Chistophe Collomb ou de Montgomery et Ghandi?) afin de bénéficier d'un tarif réduit pour un aller simple, et d'éviter qu'un automate ne me vende un billet aller-retour pour la journée, ce sans possibilié de retour.
A moi, l'Angleterre et ses si vertes prairies -et autres pelouses!