Tant que la Terre tournera, des textes autobiographiques, des critiques approfondies de films regardés, de pièces de théâtre vues, de romans lus, des envolées de prose automatique osées prendront tranquillement leur place sur cet espace public de l'internet contemporain. Lisez, pensez, réagissez!
Il n'y a rien à faire pour un Français de classe moyenne supérieure né après la chute du mur de Berlin dans une métropole.
Des parents dévoués assurent les tâches matérielles (cuisine, lavage et repassage des vêtements, courses, paiement des activités scolaires et extra-scolaires) permettant la survie.
Les idées pour lesquelles se battre manquent cruellement lorsqu'on a "choisit" de consacrer sa vie à la pensée: on en vient à envier nos ancêtres d'avoir été les contemporains de sociétés réellement pourris, car au moins eux n'avaient pas à chercher bien loin de quoi donner un sens à leur vie intellectuelle et/ou artistique.
A présent, nous vivons sur des dizaines de décennies d'efforts, de sacrifices, de brassages d'idées fructueux, de crimes, de prise de risques, d'expérimentations: nos ancêtres, par leurs combats, leurs errements, leurs erreurs catastrophiques, ont vécu à notre place, et nous ont volé l'euphorie de la nouveauté, l'excitation des débats utiles, le bonheur immense de se sentir surfer sur la vague d'un changement que l'on a contribué soi-même indéniablement à initier.
Etre cultivé, au XXIème siècle, être "bien éduqué", avoir réussi ses études, au XXIème siècle, c'est avoir compris, ayant fait par les livres le tour de toutes les possibilités d'organisation de la pensée, de la société humaine, que ce qu'il y avait de mieux, j'ose dire de plus vertueux à faire en tant que citoyen du monde post-moderne, se résume à un mot unique: rien.
Ce que nos prédecesseurs nous ont offert, c'est ce canapé, cette télévision, cet ordinateur (ou devrais-je dire ces trois postes de télévision, ces quatre ordinateurs par famille?; j'm'en fous de conbien y en a dans la famille, mec, mon ordi c'est mon ordi point barre), cette possibilité de ne pas croire en un ou plusieurs dieux, de ne pas savoir ce qu'il se passe dans le reste du monde et ne s'en porter que mieux (parce que c'est trop déprimant, putain, tout ce qui se passe, toute cette misère tu vois), de vivre pleinement et sans culpabilité son obsession sexuelle, c'est ce système de,pensée libéral qui utilise la tolérance et l'individualisme comme prétextes pour mépriser en permanence les sentiments d'autrui.
Ce que les "Lumières", les "révolutions" industrielles, le capitalisme n'ont ont offert, semble-t-il, c'est le luxe ignoble de la paresse perpétuelle, l'enfermement assumé sur soi, l'irrespect de la différence parce que forcément il est douloureux pour l'esprit de penser autrement, et la souffrance c'est nul, il faut l'éviter coûte que coûte (cf. prix des paquets de cigarette).
Ce que la modernité nous contraint d'accepter, c'est l'avènement de la bêitse pour tous (cf. la collection, si symptomatique d'une époque, "... pour les Nuls"), c'est la chute de la totalité de la population dans le puits sans fond de la connerie (faire preuve de sagesse et d'intelligence, c'est, dès son plus jeune âge, être un "intello", "trop se prendre la tête", "ne servir à rien"), c'est le droit de ne faire aucun effort pour exprimer ses idées clairement, posément et sans cracher des mots d'argot à la face de ses interlocuteurs ("putain y avait une meuf tt à l'heure genre elle était trop conne elle te disait des trucs j'avais envie de dire ta gueule connasse, juste ta gueule tu vois"), c'est d'écouter des membres de la même espèce que vous gaspiller leur salive pour tenter de justifier leurs préjugés homo, xéno, islamo, chritiano -phobes, sans réflechir assez pour saisir cette vérité universelle qui veut que la peur soit la conséquence de l'ignorance et la source de la haine.
Et de les laisser dire, sans rien faire.