Tant que la Terre tournera, des textes autobiographiques, des critiques approfondies de films regardés, de pièces de théâtre vues, de romans lus, des envolées de prose automatique osées prendront tranquillement leur place sur cet espace public de l'internet contemporain. Lisez, pensez, réagissez!
D'accord, on ne choisit pas de naître dans l'utérus de celle qui tiendra à se faire appeler "maman" pour son plaisir.
Ensuite, pourtant, il y a une force vive qui cherche à s'extérioriser d'une façon presque permanante de notre âme d'enfant; une force que la plupart des adultes qui nous entourent vont se faire un devoir de réprimer, souvent brutalement.
La classe "adulte" de la société a pour intérêt de contrôler les vélleités activistes de la classe des "enfants"; pour leur propre bien, nous dit-on, et par amour, argument tellement fatal.
Ainsi, dans l'idéal adulte, l'enfant n'apprend rien par lui-même mais, "protégé" contre un monde forcément hostile, il doit sans discuter (facile, il ne sait pas encore faire) et par "respect pour l'autorité" de l'adulte, du parent à qui il doit tout, comment oses-tu?) intégrer un nombre considérable d'interdits, de règles de "savoir-vivre", de bienséance (qui varient grandement d'une région géographique à l'autre, mais tant pis, on doit faire comme si "tout le monde" se comportait de la même façon à table, par exemple).
Devenu élève-modèle au sein du système scolaire de son pays, le petit d'homme est récompensé pour son immobilisme, son mutisme quasi-constant, son respect du professeur, son obéissance au dogme de l'Education; son unique tâche, chaque jour renouvelée, est de "faire ses devoirs" le plus correctement possible, en applicant les règles énoncées en cours par ses "maîtres".
Une fois les devoirs accomplis (il est fort rare que tout ce qui est exigé dans chaque matière puisse être accompli, ce qui permet de rendre l'élève-modèle, c'est-à-dire perfectionniste et prompt à la culpabilisation, anxieux, éternellement insatisfait, tenu dans l'obéissance par la peur de l'échec, et celle de décevoir ces adultes qu'il respecte tant), l'enfant entre dans le domaine des loisirs.
Ceux-ci sont la plupart de temps imposés de force par l'adulte: sport, musique, théâtre, ce sont les parents qui choisissent la discipline, l'instrument, le sujet de la pièce, en fonction de leurs préjugés (d'ailleurs, notons au passage que lorsqu'un enseignant se risque à emmener "ses" élèves en sortie -de la prison qu'est l'école-, et que par malheur ses choix ne coïncident pas avec ceux de la majorité des parents, ces derniers pouront aller jusqu'à changer leur enfant d'établissement).
Quant à son temps "libre", il s'agit d'un "temps livre": entre les mains du petit d'homme se trouve glissé tel ou tel ouvrage choisi par les adultes "chargés de son éducation"; ses yeux et son cerveau se fatiguent vite sur ces pages noircies de mots, une fatigue "saine", similaire à celle du sport, qui permet de mener l'enfant "sagement" au lit sans qu'il ne daigne broncher.
Le réflèxe adulte consiste à commencer par le meilleur, à donner à lire les auteurs les plus talentueux en premier, histoire de démoraliser l'apprenti-écrivain qui se dira que jamais il ne pourra écrire de la même manière.
Mieux vaut se contenter d'admirer, de contempler les oeuvres d'art présentées comme des modèles, pourtant: Hugo, Verne, Christie, Stevenson, Rembrandt, Matisse, Burton.
Très vite, on finit tellement entouré de "grands noms" que, submergés, nous sommes assurés de ne jamais pouvoir en faire partie.
S'établissent comme relais terriblement efficaces des parents:
- l'Eglise (Dieu = Papa, Marie = Maman, Jésus = Moi!; je vis sous le regard permanent, omniscient, de Dieu, alors ne pense pas pouvoir faire des bêtises quand tes parents ont le dos tourné; le christianisme est un catéchisme de la soumission, de la culpabilisation, de l'auto-flagellation -pratique, elle permet aux adultes de se reposer, vive l'autonomie-, de la non-violence absolue, qui autorise toutes les violences à déferler sur vous et vous interdisent de réagir);
- Télérama (Dieu de la culture, cet hebdomadaire instaure, humour à l'appui, un manichéisme culturel impitoyable, distiribuant bons et mauvais points, et faisant passer pour un débile celui qui n'a pas vu tel ou tel "chef d'oeuvre du septième art", tout en allongant indéfiniment la liste des oeuvres "à voir/écouter/lire").
Et c'est tant mieux.
...jusqu'à ce qu'on nous demande de devenir adulte à notre tour, parce qu'on a l'âge requis, et parce qu'il faut bien renouveler les départs à la retraite (un sur deux, certes, mais quand même, ça peut toujours vous tomber dessus, attention!); il faut donc passer d'une Passivité totale à l'Action éducative. Et y trouver du plaisir.
Pour le bien de nos enfant, assurément.